Salut !
Je me suis dit, lors de mon dernier commentaire, qu’il faudrait que je poste. Je suis de nouveau à Paris, et les concours se profilant dans 6 mois, le temps pour écrire ne m’est plus vraiment accordé.
J’espère toutefois me rattraper à la Toussaint !
Le texte (poème en prose) que je vous présente aujourd’hui a été écrit à la fin des cours l’année dernière, j’étais alors encore sur Paris. J’espère qu’il vous plaira.
La photo qui l’accompagne a été prise cet été lorsque j’étais en Bretagne chez une amie
Bye et bonne lecture.
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Théâtre de mon âme
Le vide au fond de mes yeux et la peur suspendue à mes paupières, comme les fils qu’on tire pour baisser le rideau. Et dans les coulisses, à l’ombre de la nuit, les astres montent le décor. Les étoiles filantes se substituent aux poutres tandis que j’attends, patiente, sous la lumière de la Lune.
J’observe ces ouvriers à la tâche, ces points de lumière qu’un voile diffuse, ces électrons qui s’entrechoquent, ces influx nerveux dans mon être, sursaut du regard avant le début de l’acte. Je m’apprête, m’enrobe de mystère et m’octroie la voix des cantatrices lorsqu’enfin je monte. Le rideau se lève derrière moi, je sens le vent frais dans mon cou, la caresse des nuits interdites. Elle approche, frisson. Pourtant je fais face au désert, à ces fauteuils tombés en poussières qui se mêlent aux dunes sous le soleil couchant, comme des pétales de roses déchues du ciel.
Soudain j’entends des battements de tambour autour de moi, le sable se soulève au rythme des pulsations et les collines dansent sous mon regard statique. Est-ce mon cœur le chef d’orchestre ? Je sens le pincement des violons.
Puis de faibles tractions au bout de mes mains attirent mon attention. Mes genoux tremblent. Je regarde au dessus de moi : j’ai des fils incrustés dans mes paumes et une goutte d’encre perle de la blessure. Elle tombe, roule sur la scène et vient se lover au creux des dunes. Bientôt il pleuvra des mots qui croiront encore pouvoir abreuver le désert.
Lentement je me mets en mouvement, mes bras se plient et se déploient gracieusement ; je me crois voler comme les oiseaux, mes pieds nus s’entrecroisent. Je sens la caresse du bois sur ma peau, et tout à coup tel un mirage je vois un goéland jouer avec les embruns du ciel du bout de son aile.
Enfant perdue au milieu de la nuit j’ouvre la bouche mais rien ne sort, juste le souffle du silence. Et tandis que mes lèvres cherchent les mots, happent le vide comme on embrasse la poussière, tentative désespérée de capturer un fragment d’air ; j’écris en asphyxie. Chacun de mes pas dépose sur la scène une fine trainée d’encre.
Au centre un fleuve apparait, le trait s’épaissit, gonflé d’orgueil par le cours de quelques affluents, quelques pensées passagères, papillons éphémères qui viendraient se poser sur les pétales d’une rose.
Je tourne, virevolte, telle une tempête de sable, je hurle sans bruit les mots que je trace, danseuse étourdie par la chaleur et la lumière des projecteurs. Dans la tourmente j’écris, je fais de mon corps une plume, de ma passion une encre indélébile ; mais seul l’écho me répond, en rime. Il joue les deuxièmes voix et alors tout devient duo. J’accélère la cadence, les lettres s’égrennent une à une, rythme fou d’une femme amoureuse de la scène.
Soudain je ressens dans mon dos comme la brulure d’une aiguille perçant ma peau. Je m’arrête un instant, dérape. Virgule gravée dans le bois tel un souvenir dans ma mémoire. Je poursuis, mal assurée, tandis que l’aiguille devient poignard et les dunes de rouille. La frénésie s’empare de moi alors que je remonte la rivière de mes mots comme on remonterait le temps, comme on vit à contre-courant.
Dans mon dos j’entends des rires, quelques étoiles qui s’éclipsent, les poutres deviennent translucides, immatérielles, et mon fleuve s’assèche. Je cours plus vite pour fuir la lumière du jour mais l’aube ondoyante me rattrape à l’image de ce rideau qui glisse sur mes pas.
Tout à coup je me retrouve au milieu de la scène et il ne reste plus devant moi qu’une étroite fenêtre d’obscurité dans cette prison de lumière, qu’une maigre dune qui me sourit.
Un jour je serai poème, j’offrirai mon être à ce désert, et de ma passion je puiserai des pluies d’été, juste assez pour faire fleurir des visages et peindre leur reflet dans d’immuables oasis.
Lentement l’écho se retire tel des applaudissements qui s’éteignent.
Je signe, révérence d’une plume.